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Critique – Mommy, Un cri de rage, un hymne à l’espoir.

Mommy-de-Xavier-Dolan-afficheCertaines personnes ont cet ami qui semble détestable au premier abord. Celui qui veut être sur tous les fronts. Celui qui pense haut et fort quand vous n’osez rien dire. Celui qui s’énerve à la moindre contrariété. Les petits caprices, le narcissisme,… Mais lorsque vous essayez de gratter la surface, vous découvrez une autre personne et vous remarquez alors que vous aviez tout faux. Quel est le rapport avec cet article ? Xavier Dolan, alors réalisateur de cette œuvre, traine derrière lui, tel un boulet, une image de gamin capricieux se sentant pousser des ailes. Or, derrière cette apparence plus que douteuse, se cache un jeune réalisateur à l’ambition très élevée et passionné par cet art qui le voit évoluer de production en production. Il a une grande conviction et « défonce des portes » à tel point que cela se ressent dans chacun de ses films. Que ça plaise ou non, nous ne pouvons nier qu’il sait prendre des risques dans sa mise en scène et ses effets de style, même si ceux-ci peuvent en rebouter plus d’un.

Cannes 2014. Alors qu’une majeure partie d’un réseau social s’exaltait sur Mommy, je « découvrais » ce jeune cinéaste de 25 ans, soit 3 ans de plus que moi donc, nous savons très bien que je ne peux, bien évidemment, pas être objective. Le réalisateur revenait 2 ans après sa sélection dans « Un Certain regard » (Laurence Anyways), celle qui lui avait valu cette fameuse polémique sur son caprice. Cette année, il présentait alors son 5ème film en compétition officielle, cette fois-ci, d’où il ramena le Prix du Jury en échange contre un discours aussi touchant que marquant. La machine en marche jusqu’à sa sortie nationale, le film était plus ou moins attendu avec impatience. C’était sans compter cette omniprésence  médiatique nous lestant d’avis de plus en plus dithyrambiques. Certaines personnes ressentaient une overdose et se demander même si le film n’était pas « survendu ». Le long-métrage est-il donc en deçà de mes espérances ou, au contraire, a-t-il réussi à me troubler comme il se devait ?

Synopsis (Allociné): Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

mommy-la-bande-annonce-du-film-evenement-de-xavier-dolan-11217978dgfqbAvec Mommy, Xavier Dolan reprend le thème de la relation Mère/fils mais pour, cette fois-ci, sublimer et rendre hommage au rôle maternel. Deux âmes brisées, esseulées par ce système qui marginalise ces personnes qui ne demandent qu’à s’en sortir, qui souhaitent bénéficier pleinement de leurs droits,… A première vue, nous avons un sujet vu et revu dans les films sociétaux dénonçant un malaise constant dans les sociétés contemporaines. Mais au lieu de partir dans une énième bataille à base de combat de rue ou de manifestation d’une partie de la population, le jeune Québécois s’intéresse à ses protagonistes. Pour ce faire, il utilise le procédé atypique qu’est le cadrage au format 1:1 (format normalement utilisé aux début du Cinéma). Avec cette décision de montage, il permet au film de trouver son plus fort atout : Ramener le spectateur au plus proche des personnages et éviter de l’égarer par des futilités, le film en est d’autant plus humain. Mais le cadre est également un moyen d’emmener vers une allégorie de la vie : Quand le pessimisme prend le pas, la tristesse sévit. Le ratio renforce donc le sentiment d’oppression des personnages quand tout leur semble vain. A contrario, lorsque Dolan décide de casser les codes du cinéma (séquence intense où Steve élargit le cadre pour se libérer), on peut voir une volonté de symboliser un cri de rage, une fenêtre ouverte vers une liberté apaisante où les protagonistes parviennent à exalter leur joie en toute sérénité. Par la suite, le réalisateur emploiera ce procédé à plusieurs reprises et confirmera ce petit côté éphémère de bonheur lorsque tout semble aller mal pour eux. Cela peut sembler niais mais ça permet au long-métrage de ne pas tomber dans le mélo-dramatique.

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Si Dolan arrive à nous subjuguer par la puissance de sa mise en scène, il nous cloue le bec par cette écriture poignante dégageant une force et une beauté à l’écran. L’intelligence du scénario lui permet de composer des personnages à la hauteur de son histoire et des acteurs. Il fait entrecroiser 3 destins avides d’amour et d’espoir. D’ailleurs, le personnage de Kyla, (alors interprété par une Suzanne Clément touchante et troublante de sincérité), semble être une ligne médiane entre Diane « Die » (Anne Dorval, bouleversante et juste dans ce rôle de mère veuve décontenancée et aimante, prête à tout faire pour son enfant) et ce fils, Steve (Antoine-Olivier Pilon, jeune acteur prometteur à suivre puisque celui-ci parvient à passer de la colère au rire avec prouesse et crédibilité), malade mais ayant une volonté de fer pour s’en sortir, être secouru. Kyla est cette fragile membrane derrière laquelle se cache la reconstruction de cette famille monoparentale.

Xavier Dolan dresse un combat magnifié par une bande originale. On pourrait presque dire que les musiques sont des personnages accompagnant notre trio, tant elles sont en osmose avec les plans et la tournure de l’histoire. Ces morceaux font renaître des souvenirs enfouis au plus profond de notre âme. Le jeune Canadien nous happe avec cette fresque visuelle et musicale. Une fulgurance désarmante irradie et bouleverse nos sens. Finalement, ce combat pourrait être le notre. Les personnages sont nous, nous sommes les personnages. Et rien que pour ça, j’ai envie de dire : chapeau l’artiste.

5/5

Mommy, réalisé par Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Suzanne Clément, Antoine-Olivier Pilon, Patrick Huard, Alexandre Goyette,… Sorti en France le 8 octobre 2014. N. B. : Etant encore bouleversée par ce film, je me suis heurtée à un obstacle en décidant d’écrire une critique et j’ai vraiment éprouvé des difficultés dans la retranscription de mon ressenti et mon analyse. Si elle vous semble assez médiocre, n’hésitez pas à le dire. Je vous prie de bien vouloir m’excuser.

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À propos de virginie Billa

Ancienne étudiante en fac de ciné. Je bouffe cinéma, je respire cinéma depuis l'âge de 7 ans lorsque mes parents m'ont fait découvrir Titanic mais la flemme s'est ravivée avec Hitchcock. Je suis quelqu'un d'assez hétéroclite même si le cinéma indépendant et les petits films d'auteur barbants bouleversent mes sens. Cependant, je prends un malin plaisir à être émerveillée par un film qui a coûté 90 000 fois mon loyer. Et c'est ça, la vrai force du Cinéma.

3 commentaires sur “Critique – Mommy, Un cri de rage, un hymne à l’espoir.

  1. Kimysmile
    20/10/2014

    Il faut que je le vois !

    • virginiebilla
      20/10/2014

      Je ne peux que t’encourager. C’est vraiment l’un des films du mois à voir. Bien évidemment, on a le droit d’y être réfractaire mais ce serait dommage de manquer ça. Si on connaît déjà Xavier Dolan, c’est un moyen de voir sa progression par rapport à ses deux premiers films. Si on veut découvrir ce réalisateur, c’est le meilleur moyen de le faire avec ce film puisqu’il est, pour moi, le plus abouti.

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