Le ciné de Virginie

Critiques et actu ciné

Critique – Spring Breakers

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Réalisation : Harmony Korine
Scénario : Harmony Korine
Production : Division Films, Iconoclast, Muse Productions et O’ Salvation
Bande originale : Cliff Martinez, Skrillex et SebastiAn
Origine : USA
Date de sortie : 4 septembre 2012 (Ita, Mostra de Venise 2012), 6 mars 2013 (Fr.), 20 mars 2013 (Bel.), 22 mars 2013 (USA).

Casting: James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Rachel Korine, Ashley Benson,…

Harmony Korine est un cinéaste venant du cinéma indépendant, un cinéaste assez méconnu du grand public (oui, il n’a pas réalisé Transformers ou Iron Man) et quelque peu dérangeant  (dérangé ?) , il en faut bien sinon, tout le monde s’ennuierait.

Les aficionados savent que Mr Korine a plusieurs cordes à son arc. Il a touché au court métrage (Snowballs, 2011), au clip musical (Sunday, 1998, où nous pouvons retrouver Macaulay Culkin), l’écriture (il écrit le scénario de tous ses films mais il a également écrit pour Larry Clark : Kids et Ken Park), le jeu ( il est passé devant la caméra pour Will Hunting, Last Days,…) et il a même pratiqué la photographie.Mais le travail, de ce réalisateur au mille facettes, ne laisse pas indifférent et il parfois (souvent ?) mal compris (moi la première, je ne peux le nier).


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Synospsis: Allociné (Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement)  Pour financer leur Spring Break, quatre filles aussi fauchées que sexy décident de braquer un fast-food. Et ce n’est que le début… Lors d’une fête dans une chambre de motel, la soirée dérape et les filles sont embarquées par la police. En bikini et avec une gueule de bois d’enfer, elles se retrouvent devant le juge, mais contre toute attente leur caution est payée par Alien, un malfrat local qui les prend sous son aile…

Quand j’ai vu la bande-annonce (ouuuh de l’eau à couler sous le pont depuis), je me suis dit qu’il ferait partie des film que je n’irai voir en aucun cas, cette année. J’avais même publié cette dernière sur ce même blog où je tenais un discours plutôt caustique (pour une lapidation en public, voici le petit article ici). Les personnes qui me suivent sur Twitter savent comment j’étais avec le film et j’ai tenu bon. Jusqu’en…juillet. Qu’est-ce qui en est ressorti de ce visionnage tardif ? Ai-je eu raison de snober le film de Harmony Korine au cinéma ? Ai-je été (trop) méchante ?

 

Spring Breakers

A première vue, on hurlerait « C’EST QUOI CE FILM ? » (Beaucoup l’ont fait et ne se sont toujours pas remis de leur projection). Des adolescents buvant jusqu’au coma éthylique ? Des jolies filles en bikini ? Déjà vu dans des teen-movie aux personnages frôlant la débilité congénital ou dans un reportage de Bernard de la Villardière. Un scénario aussi vide que la Toundra, n’aidant pas, le film aurait pu être un assemblement d’image sans queue ni tête. Oui, si vous cherchez un film dont l’écriture est à couper le souffle ou vous torture les méninges, partez en courant. Mais est-ce qu’un film est obligé d’avoir une trame bien construite pour être réussi ? Non, pas quand une seule image exprime plus qu’un script entier.

Si on trouve le film vide de sens, on ne peut pas lui ôter ce travail hypnotique. Harmony Korine, dès La séquence d’ouverture, maîtrise sa mise en scène. On y voit un Spring Break  en ralenti,  accompagné de Scary Monsters and Nice Sprites, un son de Skrillex avec alcool et seins à gogo. C’est assez répétitifs, on peut  rapidement être lasse mais, intelligemment manié, cet enchaînement de plans donne le ton du long métrage. Ce film ne sera pas rose. Là encore, on peut mal interpréter les intentions du réalisateur. On ne sait pas s’il fait l’apologie de cette jeunesse désœuvrée. Il faudra attendre l’entrée en scène de ses 4 protagonistes, Candy, Faith, Brit et Cotty pour comprendre où Korine veut nous emmener. Les quatre filles (notamment Candy, Brit et Cotty) illustrent cette jeunesse américaine assoiffée de liberté, conditionnée par internet, MTV,… et vivant dans un monde de « Si j’ai envie de le faire, je peux. » Prêtes à tout pour réaliser leur rêve, pour changer leur existence monotone, ces filles vont jusqu’à braquer un restaurant. Premier pas dans la spirale infernale qui ne cessera de s’accroître au fur et à mesure que nous avançons dans le film.  En utilisant la scène de Everytime, HK explicite un peu plus sa prise de position sur la question. A l’apparence anodine, ce passage est le symbole même cette perte de repère et de la jeunesse en déroute puisque Britney Spears, elle-même, est tombée dans le côté obscure de la célébrité. Séquence astucieuse, folle, magnifique elle ne sera, tout de même, pas l’une des meilleures du cinéma, comme j’ai pu l’entendre souvent. Je n’irai pas jusque là.

Mais le film se démarque par son travail sur l’esthétique. Pop, flashy, les images sont tournées tel un clip vidéo (notamment la scène d’introduction). Mais elles tournent rapidement vers le glauque, marquant ainsi la déroute des protagonistes. Korine entrecroise les deux ambiances pendant une grande partie du film par l’intermédiaire de flashforward incessants pouvant en dérouter plus d’un puisqu’ils rendent le montage et le film insupportables,pour certains, mais on s’habitue à ce procédé.

On regrettera cependant ce petit essoufflement dans la deuxième partie du film, quand Faith décide de partir. Faith, étant le pilier moralisateur, son départ marque, à la fois, un clivage entre les parties: les filles commencent à vraiment faire n’importe quoi quand son personnage disparaît de l’histoire (le film devient plus noir) et une baisse de dynamisme. On a parfois tendance à s’ennuyer même si l’arrivée de Alien nous sort , mais trop peu de fois, de cette langueur.

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En ce qui concerne les acteurs, James Franco, transformé, est épatant dans son rôle de gangsta. Puissant, convaincant (il faut regarder en VO pour s’en rendre compte, sinon, vous vous retrouverez devant une pseudo racaille des cités françaises), il ne fait pas dans la demi-mesure. Il incarne, là, un personnage très marquant comme Selena Gomez et Vanessa Hudgens, à leur façon. Même si son personnage, n’est pas très bien développé, selon moi, Selena joue une fille attachante, touchante, avec une telle crédibilité qu’on sera bouleversé par sa peur, son désarroi. Ne la portant habituellement pas dans mon cœur, elle m’a beaucoup surprise dans la peau de Faith. Quant à Vanessa, elle n’hésite pas à franchir les limites de la provoc’ pour incarner son personnage.

En bref, malgré un scénario assez faible, voire vide et quelques parties longues, le film est une belle pépite visuelle, au sens plus profond que ce que la promotion veut bien nous montrer. Même si je sens une petite retenue de la part du réalisateur, ce dernier nous livre un travail audacieux et hypnotisant du début à la fin. Une expérience cinématographique inespérée.

4/5

Bande-annonce VOST

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À propos de virginie Billa

Ancienne étudiante en fac de ciné. Je bouffe cinéma, je respire cinéma depuis l'âge de 7 ans lorsque mes parents m'ont fait découvrir Titanic mais la flemme s'est ravivée avec Hitchcock. Je suis quelqu'un d'assez hétéroclite même si le cinéma indépendant et les petits films d'auteur barbants bouleversent mes sens. Cependant, je prends un malin plaisir à être émerveillée par un film qui a coûté 90 000 fois mon loyer. Et c'est ça, la vrai force du Cinéma.

12 commentaires sur “Critique – Spring Breakers

  1. wildgunslinger
    07/08/2013

    VO ou VF, James Franco livre une prestation affreuse.
    Autant regarder Fatal.

    Le film en général est sans intérêt, singeant sans originalité les émissions MTV et les clips de rap blig bling.
    Nul.

    • virginiebilla
      07/08/2013

      C’est drôle comme les avis peuvent être controversés sur les mêmes points. Je connais ton point de vue depuis un bon maintenant et je le comprends. La preuve, j’ai eu du mal à le regarder, jusqu’à pas longtemps.

  2. J’ai bien aimé ce film, sans en être tombée amoureuse. J’y suis allée sans grande conviction, donc bon, ça ne pouvait pas être pire.
    Et comme toi, j’ai été bluffé par la prestation de Selena Gomez. Par contre, Hudgens… Je trouve qu’elle a vraiment exagéré. Ca paraissait moins vrai, par rapport au personnage d’Ashley Benson. Même si on peut penser qu’elle était moins bonne actrice, perso je trouve que ça donne un côté plus « mystérieux » à son personnage. Et la femme de Korine, je l’ai trouvé incroyablement plate, à par pour certains moments.. Et James Franco… Bah je n’en attendais pas moins de lui.
    Le scénario, ouais… C’est de la merde. Mais il l’utilise bien, donc ça compense. J’ai bien aimé le rythme du film, aussi. La vulgarité était de mise, mais bon, quand on va voir un film de ce genre, faut pas être surpris. Donc ce n’était pas un problème en soi, même si elle n’était pas non plus nécessaire. Elle aurait pu rester plus subtile, mais ça me va.
    Bref, voilà mon petit avis insignifiant !
    Bisous Virginie, très bon article comme d’hab !

    • virginiebilla
      07/08/2013

      « Et la femme de Korine, je l’ai trouvé incroyablement plate, à par pour certains moments.. » Ouais, je pense la même chose que toi mais j’ai hésité à le mettre. J’ai plus l’impression qu’elle était là car c’est sa femme justement. Enfin, ce serait trop méchant.

  3. Mr Vladdy
    07/08/2013

    L’un des plus mauvais film que j’ai vu cette année pour ma part… Je me suis tellement ennuyé et j’ai trouvé ça si ridicule, que j’ai même lutté pour tenir jusqu’à la fin…

    • virginiebilla
      07/08/2013

      Tu as été courageux. C’est sûr, ce n’est pas un film qui allait avoir toutes les faveurs du public. On le voit dès le sujet du film. Il y a ce petit côté intéressant des films aux avis mitigés. ;)

  4. Emmanuel Jory
    07/08/2013

    Très mauvais film, s’il en est. C’est bien joli de faire un film esthétiquement réussi (et encore, peut-on vraiment dire qu’il est esthétiquement réussi ? Mis-à part la séquence du braquage du resto, le reste est sans intérêt. Deux néons ne font pas l’esthétique d’un film).
    On a envie de gerber dès le début du film, bombardés que nous sommes par des « paires de teutons qui bouncent », pour reprendre l’expression de mes camarades québécois, sans jamais qu’une once de critique ne soit dressée. D’ailleurs, le film entier souffre d’une absence totale de point de vue, ce qui fait en réalité de lui une oeuvre apologique du concept « yolo » (même le curé est yolo, c’est dire).
    Les acteurs sont complètement transparents, à part James Franco qui a plus l’air de prendre son pied à singer Riff Raff/Dangeruss…
    Bref, un des plus mauvais films de l’année, avec le récent « Now you see me »

    • virginiebilla
      07/08/2013

      Je ne pense pas que Korine fasse l’apologie de cette génération dépravée (la mienne ceci dit) et son comportement quand on comprend que l’ambiance devient de plus en plus malsaine. Ceci dit, je comprends ton point de vue. Il est délicat ce film.

  5. Aymeric Laurent
    07/08/2013

    Très bonne critique, pour ce petit bijou de cinéma!
    Le meilleur film de l’année pour moi, bien loin devant tous les autres :-^)

  6. wilyrah
    07/08/2013

    Une pépite sensorielle et une claque visuelle. Une bombe.

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