Le ciné de Virginie

Critiques et actu ciné

Critique – Only God Forgives

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Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Nicolas Winding Refn
Production : Johnny Andersen et Lene Børglum. FilmDistrict, Gaumont, Wild Bunch
Bande originale : Cliff Martinez
Origine : France, Danemark
Date de sortie : 22 mai 2013 (Fr), 23 mai 2013 (Dk), 19 juillet 2013 (US).

Casting: Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas,Vithaya Pansringarm,Tom Burke,…

En 2011, Drive était présenté à Cannes, en compétition, où il a remporté le prix de la mise en scène. Ayant rapporté l’adhésion des critiques et du grand public, Nicolas Winding Refn a intéressé une plus large communauté que celle des cinéphiles. Avant, il y a eu la trilogie Pusher ou Bronson (avec Tom Hardy, notamment) mais quand on dit « Winding Refn », Drive sortira plus souvent des bouches que ses autres productions.

2 ans plus tard, le réalisateur revient, de nouveau, en compétition, au Festival de Cannes avec Only God Forgives. Par la même occasion, il reprend son acteur principal de Drive, Ryan Gosling (qui, lui, n’est pas revenu sur la Croisette, cette année). Je n’ai pas besoin de préciser que ce film était très attendu. Peut-être même trop…

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Synospsis: (Source Allociné) À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue.
Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers.
Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics …

Cannes…Ah…Cannes. Outre la pluie (je pense que les personnes loin du Festival n’ont vraiment retenu que les plaintes des festivaliers), il y a eu des polémiques (coucou François Ozon et Abdellatif Kechiche, entre autres) mais s’il y a eu un film qui n’a pas laissé indifférent, c’est bien le nouveau film du réalisateur Danois. En effet, le matin du 22 mai, à sa première projection, Only God Forgives a été, en partie, hué par le public de Cannes. Comportement très poli. Humilier un film, au Festival, est une petit coutume, là bas… Telle, la bûche à Noël. La cause ? Une violence extrême selon les premières réactions. S’ensuivent, par la suite, des sorties en cours de séances et déceptions sur déceptions, mais cette fois-ci, au niveau national. Beaucoup trop de gens attendaient ce film comme un Drive 2. Depuis la sortie, j’ai pu lire  » C’est Drive en moins bien ». Sauf que…Monsieur Refn n’a pas réalisé une suite à Drive mais un film différent…

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Finissons-en avec cette comparaison (que je répugne et de loin). OGF est une sorte de réponse au grand succès de son prédécesseur. Il faut savoir que Drive est un « film de commande ». Même si on reconnaît la patte de NWR, c’est un film que les studios adorent tant : une production américanisée attirant un public de tout horizon, de toute classe sociale,…

Mais avec Only God Forgives, le réalisateur est revenu à ses amours : filmer la violence comme un moyen et la stylisation de ses images qui sont très symboliques. Elles ne sont jamais là par hasard. Oui, la particularité de Only God Forgives est son histoire racontée par les images et non le scénario. Avouons-le, ce dernier n’est pas le point fort et c’est loin de l’être puisqu’il est très léger et peu original. Le thème de la vengeance a été vu un bon nombre de fois. De plus, il est très implicite. Quand le film commence, le spectateur peut être décontenancé. On ne leur présente aucun personnage, ils ne savent pas où sont ces derniers et dans quel but. Cela entraîne un problème de compréhension et le public peut avoir du mal à rentrer dans le film (et peuvent sortir de la salle, par la même occasion). Mais agrémenté de références tel le complexe d’œdipe entre une mère castratrice  et son fils impuissant, Only God Forgives devient plus ambitieux, intéressant et plus complexe. Le scénario n’est pas servi sur un plateau d’argent. Il amène le spectateur à la réflexion et laisse place aux interprétations que peuvent avoir ces derniers. C’est ce qui fait, pour moi, la réussite d’un film.

S’il y a bien une réussite dans ce film, c’est la photographique (si ce n’est LE point fort de ce long métrage). Si nous regardons la filmographie de Nicolas Winding Refn, nous remarquons que c’est un sans faute en terme d’esthétique et OGF ne déroge pas à cette règle. Ici, tout est merveilleusement travaillé, réfléchi avec précision, de sorte que la lumière, les couleurs (l’éclairage au néon rouge y est très présent) et les ombres sur les murs, les personnages,etc,… apportent un sentiment d’oppression, d’étouffement avec une mise en scène atteignant un onirisme propre à l’ambiance du film. Celle-ci, nous présente d’avantage de choses que le scénario en lui-même. La beauté esthétique du film nous sidère et nous hypnose du début à la fin.

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Depuis la sortie (et la première projo à Cannes), la prestation de Ryan Gosling est sujet de moqueries puisque celui-ci utilise la même expression de bout en bout. Mais l’acteur reste égal à lui-même et a le charisme nécessaire pour interpréter ce personnage complexe et taciturne. Il a très peu de dialogue mais ce n’est pas dérangeant pour autant puisque cela définit l’impuissance du personnage face aux autres, ses questionnements, le rejet de sa mère qu’il essaiera de combler avec un combat, magistralement filmé, pour la rendre fière. Mère interprétée par une Kristin Scott Thomas méconnaissable, époustouflante, et à contre-emploi dont les dialogues, parfois gênants, font mouche. Quant à Vithaya Pansringarm, il rend son personnage, qui utilise son sabre comme s’il coupait du pain avec un couteau, à la fois intriguant et effrayant

En Bref, le réalisateur danois est revenu à son style de réalisation dérangeant,avec une lenteur, qui peut en ennuyer plus d’un, mais sublimée par une esthétique, qui en devient un personnage, tout comme cette violence tant décriée. Certes omniprésente, celle-ci n’est ni gratuite, ni là pour faire plaisir un fan de sensations fortes. Cette violence peut paraître malsaine mais le génie de Refn rend son film contemplatif et non monstrueux.

4,5/5

Bande-annonce en VOST

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À propos de virginie Billa

Ancienne étudiante en fac de ciné. Je bouffe cinéma, je respire cinéma depuis l'âge de 7 ans lorsque mes parents m'ont fait découvrir Titanic mais la flemme s'est ravivée avec Hitchcock. Je suis quelqu'un d'assez hétéroclite même si le cinéma indépendant et les petits films d'auteur barbants bouleversent mes sens. Cependant, je prends un malin plaisir à être émerveillée par un film qui a coûté 90 000 fois mon loyer. Et c'est ça, la vrai force du Cinéma.

13 commentaires sur “Critique – Only God Forgives

  1. Mon dieu, j’adore ta critique. A la fois parce qu’elle est juste et bien construite, mais aussi parce que je suis d’accord avec toi.
    Personnellement, j’ai bien aimé ce film, non pas pour l’histoire qui somme toute, est assez bateau, mais bien pour les magnifiques plans et pour la psychologie des personnages. Je ne sais pas si j’ai déjà vu un autre film de ce réalisateur, mais puisque tous ses films sont ainsi… je vais aller voir quoi.
    En tout cas, beau film, que j’ai déjà recommandé :).

    • virginiebilla
      06/06/2013

      Le style de Nicolas Winding Refn est assez particulier, ce n’est pas le réalisateur que je conseillerais à mes amis, en premier. Mais c’est quand même une personne à suivre. Tu m’en diras des nouvelles.

      Tu as peut-être vu Drive ?

  2. wildgunslinger
    05/06/2013

    Belle critique, même si je ne partage pas du tout ton point de vue.
    J’ai trouvé le film brouillon, certains personnages peu crédibles (notamment le « policier ») et surtout beaucoup trop lent.
    Je n’y vois pas autant de sens et de profondeur que toi, simplement des thèmes effleurés.

    • virginiebilla
      06/06/2013

      Oui, j’avais vu ta critique vidéo (qui m’avait beaucoup intéressée, soit dit en passant), pour le débat. Elle a capté mon attention car elle est différente de celles qui ne critiquent que la surface du film. On ne peut ne pas être d’accord mais pour moi, ça passe puisque c’est un film qui divise beaucoup.

  3. RYAN GOOOOOOOOOOOOOOOOSLING, RYAAAAAN GOSLING.

    Concernant les critiques mentionnant « une violence extrême », j’ai envie de dire oui et non. Oui, c’est violent. Plus qu’un autre film ? Pas vraiment. Cette violence obligeait-elle le spectateur à quitter la salle sous peine de voir se développer un syndrome post-traumatique ? Certainement pas.

    Faut dire ce qui est, on se fait bien chier par moments (même si c’est « esthétique » toussa) (Un peu l’impression que l’esthétique est une excuse pour nous faire manger 2h30 de film alors que ça pourrait être plié en 1h20).
    (C’est un peu la mode de nous proposer des films longs (très longs) alors qu’un film de 2 ou 2h30 ne veut pas forcément dire CHEF D’ŒUVRE et qu’un film d’1h30 DAUBE.) BREF, je m’égare.

    Donc, on se fait bien chier (surtout, au début). Personne ne nous explique rien, on ne comprend pas vraiment le personnage de Ryan Gosling (son nom m’a échappé). Est-ce un fou ? Un taciturne ? Il a l’air de nourrir une obsession étrange pour sa mère, les femmes… Le frère, finalement au centre de l’affaire, n’est même pas esquivé. La mère est bien interprété mais certaines scènes sont vraiment WTFesques (pourquoi il plonge les mains dans le bide de sa mère ?)
    A peine le temps de rentrer dans l’histoire que BAF MAMAN MORTE.

    Donc, pour moi, l’intérêt du film se situe : relation mère/fils, ce flic à la psychologie à peine dessinée et … c’est tout. Un peu limite. On aurait voulu de l’exploration, de l’expiation. Là, c’est à peine mentionné. VRAIMENT FRUSTRANT.

    Après, le scénario, j’ai envie de dire oui et non. Tout est intéressant, même les histoires banales. Ce qui compte, ce n’est pas le fond. C’est la forme. Bien filmé, avec les bons acteurs, les bonnes questions, ABSOLUMENT TOUT peut être intéressant.

    En gros : début lent, (trop?) contemplatif, dénouement trop rapide, fin ???

    Mais j’ai aimé quand même. La réalité, au top, le montage, au top, l’ambiance (oppression, malsain, toussa), au top.
    C’est beau, c’est un peu drôle (bizarrement drôle), très violent, un tantinet chiant, sans doute exaspérant, parfois intriguant, très souvent fascinant. Un film qui m’a fait passer par une large palette d’émotions et, juste pour ça, FAUT LE VOIR.

    • virginiebilla
      06/06/2013

      « Oui, c’est violent. Plus qu’un autre film ? Pas vraiment. » Non quand on regarde un film de Tarantino (que je ne critique pas), par exemple, je trouve qu’elle est plus crue qu’ici mais ce n’est que mon avis.

      « Cette violence obligeait-elle le spectateur à quitter la salle sous peine de voir se développer un syndrome post-traumatique ? Certainement pas. » Non mais beaucoup de personnes se sont dit gênées par cette violence. Peut-être sont-elles très sensibles, je ne peux dire. Mais je ne peux pas vraiment critiquer ces personnes puisque j’ai eu du mal à me remettre des scènes de torture de Zero Dark Thirty (que j’ai pourtant beaucoup apprécié). Par contre, je ne cautionne pas les critiques qui mettent la violence en avant, pour descendre le film.

      Après, Only God forgives ne dure qu’ 1h30 et pour moi, le film en dit plus que certains de 2h30. Le film n’a pas besoin de plus.

      « Il a l’air de nourrir une obsession étrange pour sa mère, les femmes… » Oui et il représente l’impuissance par excellence et il ne peut pas assouvir à son fantasme sauf quand il rentre sa main dans sa mère.

      « La mère est bien interprété mais certaines scènes sont vraiment WTFesques (pourquoi il plonge les mains dans le bide de sa mère ?) » Dans le Première de mai, Ryan Gosling explique qu’il retire l’utérus de sa mère (il faut que je le revoie car ça m’intrigue beaucoup) mais du coup, ça devient plus WTF. Tout comme les scènes de karaoké qui arrivent juste après un massacre, avec une ellipse violente. Tout ça, je te l’accorde.

  4. réalité : réalisation* huhu

  5. AH, J’OUBLIAIS, TA CRITIQUE GÈRE TROP SA RACE
    <3 <3

  6. Jay
    12/06/2013

    Point de vue intéressant. Perso, j’avoue ne pas avoir bien saisi l’histoire, le film en général. Cependant, esthétiquement parlant, top. Et la bande son m’a aussi scotché!

  7. nicolas
    25/11/2013

    Un film d’une beauté sans nom et d’un style inimitable. J’adore ce cinéaste, même si je n’ai personnellement pas accroché à cette proposition de cinéma, comme je l’explique ici http://bit.ly/15Mt9OK qui revisite à sa manière, souvent peu subtilement, l’œdipe. Pour autant, j’aime la tentative, j’aime ce cinéma fait d’images. Vive refn !

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